Les souvenirs dans la région d'un de nos adhérents: l'écrivain Philippe DUHAMEL raconte la fin du Grand Saint Frères

P Duhamel Philippe : tu as écrit dix ouvrages mais comment t’est venue l’idée d’écrire un livre sur Saint Frères ?

C’est parce que j’ai commencé ma carrière professionnelle chez ce grand nom du textile picard qui aura marqué le reste de ma vie.

C’était une école dans la profession, quand on y avait travaillé, on pouvait aller travailler partout ailleurs. L’histoire de la Société « Saint-Frères » est liée à la saga familiale des frères Saint qui ont créé l’entreprise au début du XIXème siècle. J’ai habité une maison juste à côté du Château de la Navette à Flixecourt où ont vécu les deux derniers frères Saint qui ont dirigé la société. Ils dominaient le village au sens propre comme au sens figuré, avec leurs usines et leurs cités ouvrières comme celles des autres villages de la « Vallée du jute », Saint-Ouen ou L’Étoile.

Saint Freres

 

Le nom de « Saint Frères » et son logo en losange sont associés à celui de l’emballage. 
D’autres activités textiles comme la corderie, la fabrication de filets ou la bâcherie se sont ajoutées aux fabrications. Dans les années 1920 ce géant industriel possédait 17 usines et 150 agences, comptoirs et succursales dans le monde entier.

Je suis arrivé chez « Saint-Frères » dans les années 70, lorsque la société en grosses difficultés venait d’être rachetée par les frères Willot. Au lieu de réinvestir chez elle, ils visaient une plus-value sur le patrimoine immobilier. J’exerçais un emploi d’adjoint du directeur Exportation du Département Bâcherie. J’ai vécu un « Saint-Frères » à la fin des Trente Glorieuses avec ses licenciements et ses mouvements sociaux. Lors de mes déplacements professionnels à l’étranger, je me rendais compte que des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche étaient devenus plus compétitifs après avoir investi dans des innovations technologiques. J’ai donc donné ma démission avant les liquidations de 1981 et 1985 pour aller me recaser dans d’autres sociétés.

 Livre« La fin de l’ancienne firme Saint Frères en Picardie Un ancien du textile français témoigne »
Éditions L’Harmattan


Propos recueillis par Jocelyne Personne

Nos adhérents ont des talents

photo Christian LainChristian : comment t’es venue cette passion pour la photo ?

Cabane hortillonnages WJe crois que j'ai toujours fait de la photographie. Tout petit déjà je faisais semblant de prendre des photos avec une lampe de poche qui disposait d'une lentille frontale très bombée...

Les évènements de mai 68 ont accéléré les choses et avec un copain de classe nous
avons commencé à faire des tirages contact à partir de négatifs de nos parents. La magie de l'apparition du tirage dans le révélateur opérait.

Mais le grand déclic s’est produit, lors de la rencontre avec le fils du directeur de l'école de La Chaussée-Tirancourt avec qui j'étais en classe au Lycée, et qui disposait d'un laboratoire.

Depuis j'ai toujours fait de la photo, essentiellement en Noir et Blanc, mais l'apport de la technique numérique a permis d'explorer d'autres façons de faire. Par exemple, il est actuellement beaucoup plus aisé de réaliser des photographies panoramiques ainsi que des photos de nuit. Mais là nous sommes dans une pratique de la photographie qui va bien au-delà du «selfie narcissique».

Puis en 1969, j'ai adhéré à la Société Photo-Cinéma de Picardie et j'en suis le Président depuis 1979.

Pourquoi faire de la photographie : pour montrer et partager ce que l'on a vu ou observé et, modestement être le « témoin de son temps » ?

Mes thèmes privilégiés sont les paysages, les portraits ainsi que les photographies prises lors des voyages.

J'expose mes photos essentiellement en groupe : la Société Photo Cinéma de Picardie, les Amis des Arts de la Somme..., sans oublier toutes celles réalisées avec Patrick Poulain, malheureusement décédé.

Pour compenser le manque de voyages de cette année, je propose de vous évader sur mon site :
http://www.christianlaine.fr/

Propos recueillis par Jocelyne Personne

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Le lièvre et la tortue...à la façon de...

LE LIEVRE ET LA TORTUE LE MARCHEUR ET LE RANDONNEUR
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point :
Le Lièvre et la tortue en sont un témoignage.
« Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point
Sitôt que moi ce but. Sitôt ! Êtes-vous sage ?
répartit l’animal léger :
ma commère, il vous faut purger
avec quatre grains d’ellébore.
sage ou non, je parie encore. »
Ainsi fut fait ; et de tous deux
ont mis près du but les enjeux,
savoir quoi, ce n’est pas l’affaire,
ni de quel juge l’on convint.
Notre lièvre n’avait que quatre pas à faire
j’entends de ceux qu’il fait lorsque, près d’être atteint,
il s’éloigne des chiens, les renvoie aux calendes
et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
pour dormir, et pour écouter
d’où vient le vent, il laisse la tortue
aller son train de sénateur
Elle part, elle s’évertue ;
elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
tient la gageure à peu de gloire,
croit qu’il y va de son honneur
de partir tard. Il broute, il se repose ;
il s’amuse à tout autre chose
qu’à la gageure. A la fin, quand il vit
que l’autre touchait presque au bout de la carrière,
il partit comme un trait ; mais les élans qu’il fit
furent vains : la tortue arriva la première.
« Eh bien ! lui cria-t-elle, n’avais-je pas raison ?
de quoi vous sert votre vitesse ?
Moi l’emporter ! et que serait-ce
si vous portiez une maison ? »
JEAN DE LA FONTAINE
Rien ne sert de courir ; il faut à temps partir :
Le randonneur et le marcheur en ont l’allure.
« Parions, dit le premier, que je vais revenir
plus vite que vous. Plus vite ! Quelle gageure
réplique le sportif musclé :
mon cher, il faut vous stimuler
avec des injections d’hormones.
Pfft ! Pas question que j’abandonne ! »
Sitôt dit, sitôt fait, tous deux
topèrent sur le champ boueux,
sans mettre en jeu quoi que ce soit,
ni désigner quelques témoins.
De grandes enjambées notre marcheur déploie,
en évitant ornières et discrets recoins,
et distance le peloton des attardés.
Il stoppe aux croisées des sentiers.
entre chacune ayant le temps d’éliminer,
de se détendre ou de conter
fleurette, il laisse son distant concurrent
aller son train de randonneur.
Dès le départ, celui-ci prend
son leste pas de promeneur.
« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire »
dit l’autre, sûr de sa victoire.
Mieux ! Il a, pour son honneur,
retardé son départ. Il casse la croûte,
va au bistrot d’un coin de route.
Foin du pari ! Soudain, quand il s’aperçut
que l’Homme Nibus approchait de l’arrivée,
il accéléra le pas mais chuta, fourbu,
derrière le randonneur arrivé premier.
« Alors ! Mon petit gars, lequel est en avant ?
pourquoi imposer vos grands pas ?
Moi, détendu ! Vous, raplapla
et sans porter le poids des ans ? »
MARCEL CAUDRON d’après JEAN DE LA FONTAINE